Fin février, la maternité m’appelle pour me dire que de nouvelles dispositions ont été prises à cause de la crise sanitaire causée par le COVID-19. Les papas ne doivent pas quitter la chambre en suite de couches s’ils veulent rester tout le séjour. Nous devons être confinés dans notre chambre et ne pas en sortir. Les mineurs et autres visiteurs ne sont plus autorisés. Des informations qui sont très difficiles à intégrer car je n’imaginais pas ne pas voir ma Léonie franchir la porte de cette chambre et découvrir sa sœur… Je passe les grosses larmes que je n’ai pas pu retenir. Je vais devoir rester seule tout le séjour puisqu’Arthur va devoir amener et chercher Léonie à la crèche comme nous habitons loin de la famille, on doit gérer seuls. Et nous avions pris la décision de ne pas laisser Léonie seule la nuit, nous ne voulions pas qu’elle se sente remplacée ou moins aimé.  

Nuit de samedi 7 mars à dimanche 8 mars 

Léonie vomi, elle a une grosse fièvre… bon, sans doute la gastro, je ne m’inquiète pas trop, je me lave bien les mains… Le lundi toujours beaucoup de fièvre mais le doliprane fonctionne, dans la nuit, le doliprane ne fonctionne plus, Léonie frissonne, j’appelle le 15 pour savoir quoi faire, on me dit de donner de l’ibuprophène si j’ai et d’aller chez le docteur le lendemain. Ce que nous faisons. L’ibuprophène fait baisser la fièvre à 38, j’appelle le docteur, j’ai RDV en fin d’après-midi. Je commence à avoir mal à la gorge, je pense à un rhume. Une fois au RDV, Léonie se fait ausculter, la toux a fait son apparition lundi en fin de journée chez Léonie et chez moi dans l’après-midi. Conclusion du RDV Léonie a la grippe et moi je dois faire attention. Le lendemain, j’appelle la crèche pour leur dire que Léonie n’ira pas à la crèche car elle a la grippe et là… on me dit d’appeler le SAMU car il y a une suspicion de Coronavirus à la crèche chez un autre enfant qui montre les mêmes symptômes. Appel « Ping-pong » entre le SAMU et la crèche pour avoir des infos sur l’autre famille qui au final avait « juste une grosse grippe bien virulente ». Bref, je choppe la grippe à 15j de mon accouchement, je vais à la maternité pour passer un monitoring pour vérifier que mon bébé va bien malgré la forte fièvre, on me dépiste pour la grippe et écarter le Coronavirus, GRIPPE A confirmée. (Jusqu’à l’accouchement je continuerai à tousser et avoir très mal à la gorge) Pour pouvoir me reposer mes parents (qui habitent à 350 km de chez nous) viennent chercher Léonie 4j après ses premiers symptômes. Elle y restera jusqu’au 27 mars…

Lundi 23 mars  

Je me lève à 8h car depuis le début de mon congé mat’, impossible de dormir plus longtemps. Bien décider à faire bouger les choses, je m’installe directement sur mon ballon et fait des petits rebonds pendant une bonne heure voir deux. Lassée du ballon, je m’arrête et végète toute la journée sur le canapé ! Et comme je suis fatiguée, je m’endors sur celui-ci pour une bonne sieste l’après-midi. Je ressens quelques contractions (de faux travail) un peu plus « intenses » que d’habitude (sans avoir mal) et plus nombreuses que d’habitude mais comme je me sens un peu fatiguée pour moi rien d’anormal. 

23h00 : devant mon film du lundi soir (ALIEN, là je me dis c’est pas le film à regarder avant d’accoucher !) je ressens des contractions légèrement inhabituelles mais rien qui me donnent l’impression qu’un travail se met en route. La différence avec les contractions que je ressens habituellement, est une douleur qui se fait ressentir lorsque je me lève et marche pendant une contraction.  

23h23 : je sens du liquide en plus grosse quantité que d’habitude coulé, je me déplace jusqu’à la salle de bain pour regarder de quoi il s’agit, bien évidement je suis assez euphorique bien que pas certaine de ce qu’il m’arrive, ce qui est certain c’est que ce n’est pas des pertes habituelles. Je m’accroupie pour vérifier si je perds encore un peu de liquide qui validerai l’hypothèse d’une fissure, je contracte pour exagérer un peu, de nouveau du liquide coule. Je crie « mon cœur, j’ai fissuré, lève-toi !! ». Je me mets sous la douche pour me faire un petit brin de toilettes, et de nouveau du liquide s’échappe un transparent comme de l’eau légèrement rosé (oui parce qu’à ce moment-là, je savais mais j’avais besoin de confirmation). Et-là, petit moment de « panique », je sais ce qu’il m’arrive mais qu’est-ce que je dois faire ? J’ai pas de contractions douloureuses, ni régulières… Est-ce que je dois les attendre ou le fait d’avoir fissurer est un signe suffisant pour se rendre à la maternité ? Je décide d’appeler pour savoir la marche à suivre, on me dit qu’on m’attend ! Comme contexte COVID, je dois alléger au maximum mes valises pour n’en faire qu’une seule. Chose qui n’était pas prévu, j’ai fait dans la précipitation et l’euphorie et je me rendrai compte plus tard que j’ai oublié des petites choses indispensables. 

Minuit : On arrive à la maternité où nous sommes accueillis par le vigile, qui nous fait mettre un masque que nous ne quitterons plus et gel hydroalcoolique sur les mains.  On nous demande d’attendre dans le hall et nous dit que je serais la seule à monter et que mon chéri me rejoindra uniquement si je suis en travail et que dans le cas contraire il serait renvoyé à la maison. 

Mardi 24 mars 

00h10 : on m’ausculte, monitoring… Confirmation de la fissure, pas de contractions, mon col est raccourci de moitié ouvert à 1 et bébé va très bien. La sage-femme est trop gentille, on plaisante, bien évidemment je comprends que ça va être long et que je vais pouvoir certainement bien dormir cette nuit car elle me parle de faire un point à 7h30 pour voir si les choses bougent. Je suis donc placée dans ma chambre de suite de couche sans mon chéri qui retourne se coucher à la maison. Les sages-femmes l’appelleront lorsque je rentrerai en travail (= lorsque mon col sera à 3cm). Sur le trajet salle d’osculation à la chambre, je sens que les contractions chatouillent un peu plus et que j’ai du mal à suivre l’infirmière qui court devant moi ! 

01h10 Je prépare le berceau de ma fille, j’installe mes petites affaires dans les placards, dans la salle de bain… Je prépare le coin change de bébé, et je décide enfin à me poser et me reposer MAIS je n’y arriverai pas car les contractions sont de plus en plus douloureuses et deviennent vite insupportables. J’appelle les sages-femmes, elles me remettent sous monitoring, on voit que j’ai bien des contractions intenses mais pas assez rapprochées. 

4H00 : J’appelle, j’ai vraiment mal, mon col bouge mais pas encore suffisamment, pour me soulager on me propose de prendre une douche bien chaude. Avec difficulté, je rejoins la douche, je m’assoie et fais couler de l’eau bien chaude sur mon ventre, ça fait du bien pendant 10-15min, puis rapidement inefficace. 

04h45 : J’en peux plus !! J’appelle, on regarde mon col, ça bouge… col court, ouvert à 2cm, on m’accompagne en salle de travail. Le trajet qui est très court est interminable ! Je marche très doucement à cause des douleurs, la station debout intensifie énormément mes douleurs, c’est très difficile de me déplacer. Je m’appuie à chaque mur que je trouve. La sage-femme que j’ai vu lors de mon arrivée me dit qu’elle est surprise de me voir aussi vite, qu’elle ne pensait pas me revoir au vu du col à mon arrivée. Ça me fait tellement plaisir d’entendre ça, je me dis « ouf, je vais l’avoir cet accouchement par voie basse, ça bouge vite et surtout, ça bouge ! ».  

6h15 : J’ai l’impression que je n’y arriverai pas, je ne supporte pas la douleur, c’est au-delà de ce que je peux encaisser, j’ai envie de vomir à chaque contraction et l’impression de me déchirer en deux… On me propose un bain chaud que j’accepte sans savoir comment j’allais réussir à rentrer dedans et surtout y rester lors des contractions. Je rentre dedans, je trouve une position où je supporte mieux les contractions, je suis tellement fatiguée que je somnole entre les contractions qui sont pourtant rapprochées toutes les 4min depuis 2H30 du mat’. Au bout de 15min, je sens que cela ne m’aide plus à supporter les contractions donc je sors… la sage-femme arrive à ce moment-là, me demande si ça m’a permis de souffler un peu et me propose le ballon, sauf que là, je n’arrive plus à bouger du tout. Les nausées sont plus intenses, je prends sur moi pour ne pas vomir, j’ai mal entre les contractions. 

7h00 : Mon col est à 3cm, on me demande d’appeler mon chéri pour lui dire de venir mais clairement je ne peux pas je souffre horriblement. On me dit que chéri prend un café et il arrive, clairement là j’ai envie de le tuer ! ^^  

7h20 : Il est là. Je le vois devant moi, il essaie de me parler mais clairement à ce moment-là, j’ai pas envie de parler, je n’y arrive pas, dans ma tête je lui dis tout ça mais ma bouche j’arrive pas à le dire. Je lui envoie juste des mots secs. Je pense qu’il comprend que je vais pas bien. J’attends l’anesthésiste comme le Messi ! On me dit qu’il arrivera dans 30-45min et là je dis clairement que je ne vais pas tenir, même les larmes ne voulaient pas couler mais à l’intérieur croyez-moi, c’était des torrent !! 

8h00 : Il est là !!! L’anesthésiste !! On m’installe, mais je repousse toujours le moment de la pose car à chaque fois qu’il est prêt moi, j’ai une contraction. Au bout de la troisième fois nous sommes enfin en phase, mais je n’arrive pas à descendre les épaules comme je suis très tendue à cause des contractions. J’espère fort au fond de moi qu’une contraction n’arrive pas lorsqu’il pique pour ne pas bouger mais cela arrive bien évidement malgré les efforts que je déploie pour gérer ces dernières. Je ne sais pas combien de temps cela dure mais je suis soulagée de savoir que mon calvaire arrive à son terme et que maintenant je vais pouvoir être tranquille, sans souffrance. Je ne culpabilise même pas de ne pas pouvoir repousser au max la péridurale voir ne pas en avoir comme je l’imaginais. Je sais que c’était pas possible. Je connais maintenant où est mon seuil de douleur maximum. Je ne suis pas prête d’oublier. On me donne des antibiotiques en intraveineux car ça fait plus de 6h que j’ai fissuré la poche des eaux et qu’il y a maintenant un risque d’infection. 

8h30 : Je sens qu’un seul côté et anesthésié donc j’appelle un peu en panique, la sage-femme me demande m’allonger sur le côté qui me fait souffrir, 10min plus tard je sens que ça diminue pour disparaitre, je m’endors. 

9h00 : Examen du col, je suis à 4 cm, j’ai du mal à croire car je n’ai plus mal et je continue à dilater. Je me rendors. 

10h00 : Examen du col, 5 cm !!! Je suis contente ! Je me rendors. 

11h00 : Examen du col, nous sommes à 5,5 cm, je commence à avoir peur de la stagnation et on commence à m’en parler… mon cœur s’emballe, je fais bipper toutes les machines. J’ai peur de pas avoir mon accouchement par voie basse. On me change de position pour faire descendre Hélicia. 

12h00 : Examen du col, il est passé à 6 cm, je fais de nouveau bipper les machines pendant 1h. On me change une fois de plus de position pour me donner toutes les chances de dilater et faire appuyer mademoiselle sur mon col. 

13h00 : Examen du col, il n’a pas bougé toujours à 6 cm, la sage-femme va en faire part à la gynécologue, mais avant de partir elle m’explique qu’il y a de grandes chances pour qu’on se dirige en salle de césarienne car mes contractions de sont pas assez fortes pour faire avancer le travail et que sur un utérus cicatriciel on n’aide pas avec de l’ocytocine pour ne pas prendre de risque de ruptures utérines. 10 min après, le gynécologue accompagnée de la sage-femme rentre dans la pièce et là je comprends direct ce qui va se passer. Elle commence par me dire qu’elle est embêtée mais que la décision à prendre est celle de la césarienne, qu’on va se diriger tranquillement vers la salle de la césarienne. Très rapidement, on m’amène en salle de césarienne, je dis au revoir à mon chéri car je ne le reverrai peut-être pas, je lui dis de faire du peau à peau avec Hélicia et de lui dire que je l’aime. Et à partir de ce moment-là je rentre dans ma bulle de peur de me laisser envahir par la peur et le stress. Je repense à la première césarienne qui s’est mal passée et je me répète en boucle que ça ne va pas se passer comme ça et que je vais vivre LA Rencontre que j’attends de puis 3 ans ne l’ayant pas vécu pour Léonie. Je me répète que tous ce que j’ai fait (EMDR, Hypnose, sophrologie) va m’aider à y arriver. Je suis tellement concentrée que je suis incapable de vous dire l’heure qu’il était. Je parle peu à l’équipe, mais avant de m’enfermer dans ma bulle totalement je leur explique ce qui m’est arrivé lors de la première césarienne, du traumatisme, du temps que j’ai mis pour m’en remettre, du fait que j’ai dû faire une thérapie… On me dit que ça n’arrivera pas dans ce bloc, c’est rien mais ça me rassure. Mon chéri installé dans la salle d’à côté (où les soins de bébé se feront) me fait un coucou avec la sage-femme qui m’a suivis, je vois son sourire derrière son masque, je sais ce qu’il me dirait s’il était juste à côté… je le regarde à peine, je suis très concentrée sur ce qui va se passer. L’anesthésiste, me dit que je vais ressentir de la chaleur dans les jambes et qu’il faudra que je lui dise lorsque je ressentirai cette sensation mais je ne l’ai jamais ressenti. Ils me font le teste de sensibilité pour vérifier que je suis endormie, je ne ressens rien ! Bonne nouvelle ! Du coup, ils commencent l’intervention. Je demande à fermer les yeux le long de l’intervention pour pouvoir rester concentrée.  

13H52 : Je sens que ça remu mais pas plus, puis je sens qu’on sort ma fille et de suite on l’entend pleurer. On me la montre de suite en la mettant au niveau de ma tête, je n’ose pas bouger alors que mes bras ne sont pas attachés. J’ai à peine vu ses yeux, je les vois clairs, je ne trouve aucunes ressemblances avec ma Léonie, j’ai envie de pleurer, je me sens très heureuse et avant qu’elle reparte je lui dis que je l’aime, de ressentir ça de suite, m’a surprise, j’en rêvais et je l’ai, ce sentiment que j’attendais pour Léonie qui est venu avec presque 2 ans de retard… Ici il est immédiat. A partir de là, je sors de ma bulle, je commence à plaisanter avec l’équipe et leur demande où ils en sont car les sutures me font vraiment souffrir. La pédiatre vient avec Hélicia pour que je puisse de nouveau voir ma fille et me dire que tout va bien. Toute l’équipe me dit qu’elle est magnifique et qu’elle ressemble à un poupon. Une fois les sutures terminées, je passe devant la salle où se trouve mon chéri et Hélicia. Arthur vient me voir me dit ses petits mots d’amour, on enlève nos masques (contexte COVID-19 : le masque était obligatoire) et on se fait un bisous d’au revoir car on se reverra qu’à la sortie, je demande à ce qu’Arthur reste avec Hélicia jusqu’à ce que je la retrouve. Je ne veux pas qu’elle soit seule. Je suis sur un nuage… 

En salle de réveil, je ne pense qu’à mon intervention, à cette rencontre, je n’arrive pas à chasser le sourire de mes lèvres. La gynécologue passe me voir et me donne des nouvelles de mon bébé, je trouve ça tellement attentionné, même la sage-femme est passée pour prendre de mes nouvelles et me donner des nouvelles de ma fille.  

L’anesthésie se dissipe et je commence à avoir vraiment mal, on cherche l’antidouleur qui conviendra car avec le contexte COVID-19, ils ne donnent pas d’anti-inflammatoire. Après deux doses de morphine, la douleur commence à être plus supportable. 

17h30 : On me remonte dans ma chambre et presque aussitôt ma princesse arrive ! Je peux enfin faire sa connaissance, la toucher, la sentir et la regarder sous tous les angles. Je demande à la mettre au sein et à faire du peau à peau. On m’aide à glisser Hélicia dans ma chemise du bloc et mademoiselle attrape seule le sein. Ce moment-là était juste magique ! J’étais extrêmement fière de nous de tout ce qui venait de se passer. Lorsqu’elle a attrapé mon sein, je me suis sentie juste comblée, il m’étais impossible de ne pas ressentir se lien que l’on avait toutes les deux. Elle était super calme, pas de pleurs. On aurait pu me la laisser comme ça des heures, mais la douleur de la césarienne fait que c’est pas possible, donc je rappelle à contre cœur pour qu’on puisse me reposer Hélicia dans son berceau (après quand même 2 bonnes heures).